jeudi 16 février 2017

Confrontation : de re-retour ?

La nouvelle affole l'interweb ludique depuis une petite semaine, la licence du jeu de figurines Confrontation n'est pas tout à fait morte. Disparue des étals depuis le passage au plastique pré-peint de la version 4, la gamme portée par Rackham semble promise à un renouveau sous la conduite des éditions Sans-Détour. Dix ans après la disparition de l'étoile filante de la figurine made in France, la (re)naissance est annoncée mais peu d'infos ont filtré sur le bébé. Plutôt que d'ergoter sur les potentialités qu'ouvrent cette annonce, revenons quelques années en arrière.
L'illustration de la boîte d'armée du Lion de la 4ème édition.
Pour la résurrection, c'est Loïc Muzy qui s'y colle. La volonté de rester dans la continuité est marquée, reste à ne pas se contenter de ça, parce que c'est bien beau... mais pas très nouveau.

1996. Dans la foulée de la démocratisation de la figurine, notamment grâce à Games Workshop et à son partenariat avec MB (Heroquest, Seigneurs de Guerre ou Space Crusade), mais aussi au vent frais que la firme anglaise fait souffler sur les amateurs d'univers fantastiques (via ses games traditionnelles mais aussi des boîtes comme Blood Bowl, Necromunda ou Epic et ses déclinaisons), l'appétence pour le plomb, la peinture et la guerre via petits bonhommes est au plus haut. Ca tombe bien, c'est cette année là que naît Rackham dont les premières figurines arrivent petit à petit sur les étals. Blisters individuels, approche graphique originale et premières esquisses d'un monde riche, la curiosité des acheteurs finit par faire naître une véritable communauté de joueurs et de passionnées qui dépassent bientôt les frontières hexagonales pour conquérir les amateurs des figurines un peu partout dans le monde.
Le croque-mort qui ennuie le corbac. Une métaphore de la résurrection annoncée et des débats déjà enflammés ?
Il faut dire qu'en réunissant la crème des sculpteurs, une direction artistique mêlant audace et exigence, des peintures au top (voie au poil pour les wolfens) et un univers original, Rackham coche bien des cases que d'autres ne cochent pas. Revendiquant la possibilité de ne permettre de jouer qu'avec une pognée de figurines, le système maison se base sur des profils distribués sous forme de cartes disponibles dans les blisters des figurines. Une nouveauté que bien d'autres jeux adopteront par la suite. Il faut dire aussi qu'à l'époque, l'escarmouche, c'est presque un OVNI. Soit les figurines servent à des jeux de masse (type Warhammer Battle) soit elles ont souvent pour vocation d'accompagner les parties de jeux de rôles (et ne sont donc liées à aucun système particulier). Les rares tentatives de mixer les deux sont alors restreintes à des univers particuliers (Star Wars Miniatures Battles notamment de West End Games).
Les règles de Confrontation tenaient dans un mini livret disponible dans tous les blisters.
Trois éditions du jeu verront le jour, distribuées sous forme de livret dans les blisters puis sous la forme d'un livre pour la troisième édition dont une extension (Dogs of War) permettra de combler un gros manque en proposant de jouer en campagne permettant de faire évoluer ses troupes et profils. Exigeant et précis, le système Confrontation souffre cependant de sa lourdeur, ce qui empêche d'en faire un vrai outil d'initiation simple et précis ce que complique l'accumulation des références multiples et la diversité des profils... et leurs différentes incarnations. Une version jeu de masse sortira même en 2003 permettant de jouer de véritables armées sur des tables plus vastes, mais le succès sera mitigé.

Pas question de passer en revue l'entièreté de la gamme, on y passerait des pages et des pages. Mais Le Veilleur (en haut) et le Rôdeur Wolfen restent des sommets de la gamme des gros loups.
 Les peintres de Big R n'avaient rien à envier à ce que faisaient les gus de chez EavyMetal de GW-en-face.

Quand est annoncée la fin de Rackham et le passage à Rackham Entertainment puis l'arrivée de la version 4 des règles (une tentative pas si mal fichue de jeu de combat d'armées menées par des héros) et au plastique pré-peint, l'accueil frais de la communauté, la bronca devant le pré-peint et ses diverses qualités et la concurrence devenue plus nombreuse signe la fin de Rackham, gangrenée par une gestion humaine calamiteuse. Les nombreux talents créatifs qui y éclorent au fil des années poursuivent leur chemin chacun de son côté (parfois avec beaucoup de succès), laissant une vaste impression de gâchis (notamment pour AT-43 jeu futuriste, pré-peint assez bien ficelé, le jeu de plateau Hybrid ou le jeu de rôles Cadwallon) et beaucoup d'inachevé.
La boîte de démarrage de la version 4 de Confrontation, intitulée L'Âge du Rag'Narok. Deux forces prépeintes, un décor, des dés, des règles... et des fans de longue date qui râlent parce qu'il faut revoir de font en comble leur armée pour qu'elle reste utilisable (outre le contenu intéressant il y avait de bonnes idées, dont le passage au socle rond). 
Diverses tentatives verront le jour pour redonner vie à la licence et à l'univers d'Aarklash (Legacy Miniatures, Fire industries - sans parler de recasters qui iront jusqu'à s'approprier les concepts pour en tirer des trucs à leur profit - et jusqu'à Cyanide qui tentera d'en tirer des déclinaisons vidéoludiques prometteuses mais bancales). Le marché de l'occasion des figurines de l'époque reste vivace, les prix se tassant doucement après une petite envolée. Un jeu de plateau inspiré de l'univers Rackham verra le jour chez Hazgaard (La Cité des Voleurs de Pascal Bernard et Laurent Pouchain) et Cool Mini Or Not lancera sur KS Guilds of Cadwallon, un petit jeu de placement mignon réutilisant des sculptures Rackham.
Le clan gobelin : une bande de pirates déglingués unique et diablement attachante. Et une superbe illustration de Paul Bonner en prime.
Les années passent et les joueurs de l'époque (et leurs camarades) continuent, par nostalgie, à en reparler de temps en temps, à évoquer le tragique destin de la gamme et à rêver à une renaissance. Début février 2017, on apprend donc que les éditions Sans-Détour (via une boîte asiatique, Stellar Licencing & Consulting Limited et alors que la société se lance dans une levée de fonds de 550 000€ pour accompagner ce développement) reprennent les choses en main et annoncent une gamme de figurines et un jeu de plateau. La boîte de Pandore est rouverte, les uns pestant les autres se réjouissant. Mais le temps a passé et Confrontation Résurrection loin de défricher un terrain vierge comme son ancêtre devra batailler pour exister parmi une offre pléthorique (aussi bien en plateau qu'en jeu d'escarmouche). Même si la chronologie avance et qu'on bouscule le statu quo, "d'innombrables artworks attendent le jour où ils donneront vie à des créatures jamais produites" (ce qui ne fait pas très nouveau, reconnaissons-le).
La Cité des Voleurs (responsable d'une rechute de fig) et Guilds of Cadwallon, deux jeux nés après la mort de Rackham mais exploitant l'univers de Confrontation.
Malgré cela, Confrontation reste un territoire formidable que des artistes comme Paul Bonner, Florent Maudoux, Adrian Smith, Karl Kopinski ou même John Howe et bien d'autres ont su merveilleusement faire vivre. Les ouvrages de l'univers et les numéros du magazine maison (Cry Havoc) restent des mines d'informations et des exemples d'un vrai travail de qualité. Il faudra que Sans-Détour sache s'affranchir tant du système, que de ce que fût Confrontation dans ses premières incarnations, pour tirer cette nouvelle version vers quelque chose de passionnant qui, sans être une redite, sache garder la part de l'univers en la soutenant avec des mécanismes ludiques modernes et ambitieux. Le chemin est d'autant moins simple que la concurrence est devenue rude dans l'escarmouche comme dans le jeu de plateau avec figurines. On en reparle dans un an.

Par contre, ceux qui pensent pouvoir se contenter de ressortir leurs vieilles ref pour jouer à une nouvelle version se fourrent le doigt dans l'oeil jusqu'au trognon. L'intérêt des repreneurs sera de vendre du nouveau. Pas de juste faire tourner l'ancien. Il faudra cracher au bassinet pour mettre une patte dans le nouveau Conf'.

2 commentaires:

  1. Super article pour quelqu’un comme moi qui est complètement passé entre les gouttes Rackham étonnamment. Je n'ai aucun sentiment nostalgique du coup pour cette marque mais avec le recul, je suis ébahi par les talents qui composaient l'équipe. ^^

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est ce précipité de talents qui a fait la réussite de Rackham, entre les peintres, les designers et les sculpteurs, on en prenait plein les yeux, ça mériterait des papiers entiers. J'avoue n'avoir pas réussi à me débarrasser totalement de toutes mes figurines. ;)

      Supprimer

Un petit mot ? Une réaction ? Ca se passe ici :)