mercredi 3 février 2016

A quoi on joue ? : Grind, The Undercity (& Widower's Wood), Privateer Press sur un plateau

Née en 2000, couvée par le trio Matt Wilson, Brian Snoddy, Matt Staroscik, Privateer Press, après être passée avec succès par la case jeux de rôles avec une trilogie d'aventures originales s'est faite un nom sur les tables avec Warmachine. Désormais sous la seule houlette de Wilson, le jeu aux règles affûtés, aux combos dévastateurs et à l'univers de steam-fantasy accrocheur reste probablement l'outsider venu attaquer le plus agressivement la suprématie de Games Workshop. Au fil d'une gamme devenue pléthorique (et parfois aussi chère que les figurines produites par le géant anglais), le jeu et son univers se sont taillés une belle place sur les tables des amateurs de mécaniques pointues et de listes peaufinées. Décliné sur les écrans depuis un Kickstarter fructueux, l'univers de Warmachine a récemment investi un genre sur lequel il s'était fait discret : le jeu de plateau. The Undercity oppose ainsi une bande de mercenaires et de sinistres trafiquants dans les souterrains de la ville de Corvis.
Coooorvis, ton univers impitoya-able ! Bon, le méchant céphalyx du couvercle n'apparaît pas avant la fin de la campagne, mais promis, ça cogne dur dans les souterrains de la ville !

Grind : quelques grammes de finesse dans un monde de brutes. Ici la team rouge contre la team bleue. Avec un petit début de sous couche blanche. J 'aime créer la confusion :)
 Une première ? Pas tout à fait. En 2009 Grind puisait déjà dans l'imaginaire de l'univers des pirates américains pour aller marcher sur les plates-bandes de Blood Bowl dont la troisième édition n'était alors plus guère activement soutenue par l'Atelier des Jeux. Le jeu opposait deux équipes de warjacks (les robots métalliques animés par magie qui sont l'une des originalités de l'univers de Warmahordes) dans une vaste arène métallique pour y marquer des buts en poussant vers une trappe une lourde boule de métal, le "grinder". Deux équipes de 5 warjacks (2 lourds et 3 légers), modulables avec toute une série d'options de bras (pour taper plus fort, mieux contrôler le grinder ou repousser les autres jacks), sont fournis dans la boîte pour un jue qui ne manque pas d'attraits : le matériel est plus que correct :belles figurines et accessoires (les jacks reprennent les designs du Cygnar et du Khador) même si les dés sont un peu petits, et mécanismes intéressants (un pool de dés grossit à mesure que le temps passe permettant plus d'action osées en fin de mi-temps qu'en début) et reste plaisant à jouer.
Du matos solide, un emballage soigné... et plus rien.
Toutefois, Grind souffrira d'un vrai manque de suivi. Hormis la mise en ligne de règles de jeu en ligue et d'un plateau et de règles pour jouer à 4, aucun nouveau châssis ne sera proposé et le jeu ne sera pas complété par des ajouts, bien que (et c'est notable), le site du jeu reste accessible aujourd'hui encore. Très complet, il reprend les mécanismes de base dans un tutoriel et une vidéo présentant les règles à une époque où le procédé était encore rare.
Si certaines figurines de The Undercity sont plutôt plaisantes, d'autres s'avèrent plus fainéantes : ici, l'alchimiste Milo Boggs n'est autre qu'un resculpt de la figurine du mercenaire Gorman di Wulfe, en moins classe. Notez l'illustration assez pourrave...
2015, après d'autres expériences en matière de jeux de plateau (la trilogie Level 7 : Lockdown, Omega Protocol et Invasion), l'univers des Royaumes d'Acier est à nouveau à l'honneur d'un jeu de plateau intitulé The Undercity, lequel louche vers le genre du dungeon crawler. Jusqu'à quatre joueurs s'y allient pour enquêter sur de sombres agissements secouant les souterrains de la cité de Corvis (déjà à l'honneur dans les toutes premières créations de Privateer Press). Le système est relativement simple, reposant sur des mécaniques directement inspirées de Warmachine, les connaisseurs seront donc en terrain connu (2d6 + bonus vs seuil fixé par les caractéristiques de l'adversaire, même principe de jets boostés, etc). La grosse différence, c'est que The Undercity se débarrasse de toute nécessité de mesurer, la portée se mesurant en cases puisqu'on est sur un plateau. De même, la perte de tous les points de vie n'est plus rédhibitoire puisqu'on peut être 'réveillé' par un camarade secourable.
Plutôt détaillées, les figurines sont en plastique mou et coloré. Avec un peu de peinture, certaines peuvent même faire de jolies proxies pour Warmachine. Par contre le plateau est d'une redoutable mocheté... Point notable, si dans Grind les dés fournis sont minuscules, dans The Undercity, ona le droit à de bons gros dés.
En effet, les joueurs jouent ici seuls contre le jeu. Les adversaires (du banal clampin avec épée, jusqu'au warcaster Cephalyx) se trouvent être entièrement gérés par un système plutôt ingénieux de priorités et de tirage de cartes. A chaque tour de joueur, les adversaires (ré)agissent, se déplacent et attaquent. Si la variété des adversaires et des actions possibles restent conséquentes, il n'en demeure pas moins que les tirages déterminants les actions des opposants ne se révèlent pas toujours extrêmement pertinents. Du coup avec plusieurs joueurs rodés autour de la table, les parties sont parfois relativement simples. Malgré tout le jeu a quelques atouts (l'un des personnages possède deux figurines - un gobber et un warjack - permettant des actions différentes), un matériel solide mais qui manque parfois de finitions (le plateau et les murs sont d'une pauvreté visuelle assez navrante et les illustrations des cartes et profils plutôt moches).
Conçu comme une campagne, les sept scénarios de la boîte s'avèrent suffisamment différents les uns des autres pour donner envie d'être joués in extenso. Les héros acquièrent de l'expérience (selon un mécanisme très égalitaire) qui leur sert à se doter de capacités nouvelles pour les missions suivantes. Il est possible de looter les souterrains au fil d'objectifs secondaires parfois sympas d'autres fois mal fichus (placés dans des endroits inintéressants ou inutiles).
Les figurines de l'Adventure Kit sorti pour accompagner Iron Kingdoms Unleashed. il y a de quoi faire pourtant, non ?
Sortis peu de temps avant The Undercity, les kits de démarrages de The Iron Kingdoms et Unleashed, sa version Hordes, contenaient également nombre de figurines de la même facture que celles sde la boîte du jeu de plateau de Privateer. Pourtant, depuis sa sortie, The Undercity n'a bénéficié d'aucun soutien : pas la moindre fiche disponible pour jouer avec les figurines des héros des boîtes d'initiation, pas plus que pour leurs opposants. Un scénario est sorti dans le magazine maison No Quarter (et un adversaire ajouté), et des fiches permettent de jouer les adversaires du starter Unleashed dans ce scénario mais aucune compatibilité n'est prévue dans l'autre sens : ni les personnages disponibles dans les kit Iron Kingdoms, ni ceux du kit Hordes ne sont jouables dans le jeu de plateau. Dommage, non ?
Après les souterrains, les bois marécageux ! En explorant l'univers des crocos vaudous, Privateer Press tape dans une des propositions les plus originales et les plus typées de son univers maison.? Pour le reste, rendez-vous le 16 février sur Kickstarter.
Pourtant, deux frémissements pourrait bien changer ça : récemment, Privater Press a révélé qu'une extension (Black River Irregulars) verrait le jour durant l'été 2016 pour le jeu et vient d'annoncer qu'une campagne de financement participatif sur la plate-forme Kickstarter proposerait de financer la publication d'un jeu dénommé Widower's Wood, jeu qui reprendrait les mécanismes de The Undercity mais en version Hordes (avec des rendus 3D de figurines plutôt laides).
L'une des figurines annoncée pour Balck River Irregulars, l'extension de The Undercity annoncée pour l'été 2016
Rendu 3D d'une des figurines de héros pour Widower's Wood. Moche, non ?
Une compatiblité entre les deux jeux est annoncée, mais guère plus. Il faudra donc attendre la mise en route de la campagne le 16 février prochain (en se demandant pourquoi Privateer Press a recours à un tel expédient lui aussi, à de simples fins marketing ?) afin d'en savoir plus. Dernier bémol pour les anglophobes, le jeu n'est pas traduit et, sauf promotion, la boîte n'est pas forcément donnée. De ce point de vue, Games Workshop a encore une longueur d'avance avec des boîtes pleines de matériel luxueux et pléthorique et l'avantage de la mécanique Warmachine sur les règles façon Games se fait moins sentir sur un jeu de plateau comme The Undercity où les cases simplifient énormément de choses (surtout le couvert et le mouvement essentiels dans Warmachine). Widower's Wood ne sera-t-il qu'une déclinaison ou est-ce que le passage par le financement participatif permettra l'injection de propositions nouvelles ? Rendez-vous dans quelques jours.

2 commentaires:

  1. J'ai toujours résisté aux sirènes de Warmachine et la ribambelle de produits qui en découlent donc je me sens préservé mais le concept du jeu reste intriguant.

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    1. Warmachine & co sont des bons jeux, vraiment fignolés et bien testés mais qui font plus appel au côté calculatoire au détriment parfois du narratif (qui a ma préférence). Les jeux de plateaux sont un entre deux sympa qui ont deux qualités : ils demandent moins d'investissement et permettent de jouer avec un public plus large :) Et l'univers sans être immensément original recèle de belles pépites.
      Sinon ça ressemble à une sorte de dungeon crawler coopératif pas déplaisant si on n'est pas trop exigeant.

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